Dans un contexte sécuritaire marqué par l’évolution des menaces liées à l’extrémisme violent au Nord du Bénin, la prévention repose sur une exigence essentielle : comprendre les réalités locales, écouter les communautés et transformer les données du terrain en décisions utiles.
C’est dans cette perspective que le Cadre d’Appui aux Processus Électoraux — CAPE —, en collaboration avec la COSCEP, a organisé le 25 mai 2024 à Parakou une évaluation interne du projet « Monitoring sur les menaces et les incidents d’extrémisme violent dans le Nord du Bénin ». Cette rencontre a permis de faire le point sur les acquis, les difficultés, les tendances observées et les améliorations nécessaires pour renforcer l’efficacité du dispositif.
Une réponse locale à une menace complexe
Le projet s’inscrit dans un environnement où plusieurs départements du Nord et du Centre-Nord du Bénin sont confrontés à des risques sécuritaires, sociaux et économiques. Les données analysées couvrent la période du 13 octobre 2023 au 30 avril 2024 et concernent cinq départements : l’Alibori, l’Atacora, le Borgou, les Collines et la Donga.
Au-delà de la simple collecte d’informations, l’initiative vise à renforcer la compréhension des facteurs de fragilité, à suivre les incidents de terrain et à soutenir les mécanismes locaux de prévention. Elle s’inscrit dans la vision actuelle de CAPE-PDH, qui promeut une gouvernance éthique, une démocratie vivante, une paix durable, les droits humains et l’inclusion des couches marginalisées.
Le rapport d’évaluation interne vise à apprécier le déroulement du projet, recueillir les perceptions des agents de cohésion sociale, analyser les outils de collecte, examiner les incidents recensés et valider le rapport général de la mission. L’objectif est aussi de tirer des leçons pratiques pour améliorer les prochaines phases du projet et disposer d’arguments solides pour plaider en faveur de sa poursuite.
Activités principales réalisées
L’atelier a réuni le Directeur adjoint de l’IRI en qualité d’observateur, les agents de cohésion sociale et les membres de l’équipe de gestion du projet. Les échanges ont permis de recueillir les points de satisfaction, les difficultés rencontrées et les propositions d’amélioration.
Les agents de cohésion sociale ont souligné que le projet a permis aux populations de mieux connaître l’existence de l’extrémisme violent et de reconnaître que les communes couvertes sont exposées à des actes de violence, de criminalité et de terrorisme. Ils ont aussi indiqué que leur rôle leur a permis de mieux comprendre les problèmes de société et d’être sollicités par les citoyens sur des questions de cohésion sociale et de prévention de la violence.
Les participants ont examiné les formulaires utilisés pour collecter les données auprès des autorités, des individus, des forces de défense et de sécurité et des organisations de la société civile. Les agents ont proposé plusieurs améliorations : réduction de la longueur des formulaires, reformulation de certaines questions, ajout de choix multiples, meilleure prise en compte de la traite des enfants, des enlèvements, des stupéfiants, des départs massifs de jeunes et des saisies de produits agricoles ou de moyens de transport.
Cette démarche montre la volonté de CAPE/COSCEP d’améliorer ses outils sur la base de l’expérience réelle des acteurs de terrain.
L’évaluation a permis de présenter les incidents et tendances observés dans les cinq départements ciblés. Les données ont été regroupées en dix catégories : criminalité violente, attaques terroristes, radicalisation, conflits entre éleveurs et agriculteurs, conflits domaniaux, autres conflits, insécurité des transports, insécurité alimentaire, violences basées sur le genre et autres incidents.
À l’issue des échanges, les agents de cohésion sociale ont validé le rapport général du projet, sous réserve de la prise en compte des contributions et amendements formulés. Cette validation renforce la crédibilité du processus, car elle repose sur une relecture collective par les acteurs directement impliqués dans la collecte des données.

| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Date de l’évaluation interne | 25 mai 2024 |
| Lieu | Kobourou City Hôtel, Parakou |
| Période d’analyse des incidents | 13 octobre 2023 – 30 avril 2024 |
| Départements couverts | 5 |
| Catégories d’incidents analysées | 10 |
| Incidents recensés | 276 |
| Département le plus touché | Atacora, 106 incidents |
| Deuxième département le plus touché | Alibori, 59 incidents |
| Borgou | 52 incidents |
| Donga | 46 incidents |
| Collines | 13 incidents |
Au total, 276 incidents ont été recensés dans les départements ciblés. L’Atacora arrive en tête avec 106 incidents, suivi de l’Alibori, du Borgou, de la Donga et des Collines.
Répartition des incidents par catégorie
| Catégorie d’incident | Nombre de cas |
|---|---|
| Autres incidents | 127 |
| Criminalité violente | 30 |
| Insécurité des transports | 28 |
| Attaques terroristes | 20 |
| Insécurité alimentaire | 18 |
| Violences basées sur le genre | 14 |
| Autres conflits | 13 |
| Conflits domaniaux | 12 |
| Conflits éleveurs-agriculteurs | 11 |
| Radicalisation | 3 |

Les données montrent que les incidents ne se limitent pas aux attaques terroristes. Ils révèlent aussi des tensions sociales, économiques, foncières, communautaires et alimentaires qui peuvent fragiliser la cohésion sociale. L’analyse générale mentionne notamment la présence persistante de la menace terroriste, les prémices de radicalisation, les tensions entre agriculteurs et éleveurs, les défis liés à l’insécurité routière, les violences basées sur le genre et les frustrations liées à certaines politiques agricoles.
Résultats concrets par département
Dans l’Alibori, 59 incidents ont été observés. Les attaques terroristes représentent 27,12 % des incidents, suivies de la criminalité violente, des conflits domaniaux, des violences basées sur le genre, de l’insécurité des transports et des conflits entre éleveurs et agriculteurs.
Dans l’Atacora, 106 incidents ont été enregistrés. Le département concentre une diversité d’incidents : criminalité violente, violences basées sur le genre, autres conflits, conflits entre éleveurs et agriculteurs, insécurité des transports, conflits domaniaux, insécurité alimentaire, attaques terroristes et radicalisation.
Dans le Borgou, 52 incidents ont été collectés, avec une forte présence de l’insécurité alimentaire, de l’insécurité des transports et de la criminalité violente.
Dans les Collines, 13 incidents ont été enregistrés, notamment des conflits domaniaux, des autres conflits, de l’insécurité des transports et des violences basées sur le genre.
Dans la Donga, 46 incidents ont été recensés. L’insécurité des transports apparaît comme l’une des principales préoccupations, aux côtés de la criminalité violente, de l’insécurité alimentaire et d’autres conflits.

Histoires et exemples concrets issus du terrain
Le rapport ne présente pas de témoignages individuels directs, mais il contient des exemples concrets de perception et d’apprentissage.
Les agents de cohésion sociale expliquent que le projet a renforcé leur compréhension des problèmes de société et les a placés dans une position d’écoute auprès des citoyens. Ils ont également signalé des difficultés de collaboration avec certaines forces de défense et de sécurité, notamment en raison de l’absence de badges d’identification et de la sensibilité des informations collectées.
Ces retours sont précieux. Ils montrent que la prévention de l’extrémisme violent ne dépend pas seulement de la collecte de données, mais aussi de la confiance entre les acteurs, de la reconnaissance institutionnelle du rôle des agents de terrain et de la qualité de la coordination avec les services publics.
Défis identifiés
L’évaluation interne a mis en lumière plusieurs défis importants :
| Défi | Implication pour le projet |
|---|---|
| Formulaires jugés trop longs | Nécessité de simplifier les outils de collecte |
| Difficulté de collaboration avec certaines FDS | Besoin de renforcer la reconnaissance officielle des agents |
| Manque de badges d’identification | Risque pour la crédibilité et la sécurité des agents |
| Faible représentation des OSC dans certaines communes | Nécessité d’élargir le réseau local |
| Difficulté de confirmation de certains incidents | Importance de renforcer les mécanismes de vérification |
| Besoin de mieux intégrer les VBG, les lieux de culte et les dynamiques agricoles | Amélioration de la lecture des facteurs de vulnérabilité |
Ces défis constituent également des opportunités d’amélioration pour les prochaines phases.
Partenariats et collaboration
La présence du Directeur adjoint de l’IRI comme observateur à l’atelier confirme l’importance du partenariat technique dans la mise en œuvre et l’amélioration du projet. L’évaluation a aussi montré la nécessité de renforcer la collaboration entre CAPE/COSCEP, les autorités administratives, les forces de défense et de sécurité, les OSC locales, les associations de jeunes et les autres projets appuyés par les partenaires.
Cette approche multi-acteurs est essentielle pour construire une réponse durable à l’extrémisme violent, car les dynamiques observées touchent à la sécurité, à l’économie, à l’agriculture, aux relations communautaires, à la jeunesse, aux violences basées sur le genre et à la confiance envers les institutions.
Conclusion : apprendre du terrain pour renforcer l’action
L’évaluation interne du projet de monitoring des menaces et incidents d’extrémisme violent montre que CAPE/COSCEP ne se limite pas à collecter des données. L’organisation apprend du terrain, écoute ses agents, analyse les limites de ses outils et ajuste son approche pour renforcer l’impact de ses interventions.
Avec 276 incidents recensés dans cinq départements et une analyse fine des tendances locales, CAPE/COSCEP met à disposition des institutions et partenaires une base utile pour orienter les décisions, cibler les interventions et renforcer la prévention.
Dans un contexte où les menaces évoluent rapidement, soutenir ce type de dispositif, c’est investir dans l’alerte précoce, la cohésion sociale, la sécurité humaine et la paix durable. CAPE/COSCEP reste ouvert à la collaboration avec les institutions nationales, les organisations internationales et les partenaires techniques et financiers désireux d’appuyer une approche locale, inclusive et fondée sur les données.