Prévenir l’extrémisme violent au Nord du Bénin : CAPE/COSCEP mise sur l’alerte locale et la cohésion sociale

Dans un contexte régional marqué par la montée des menaces sécuritaires, la prévention de l’extrémisme violent est devenue un enjeu majeur pour la paix, la cohésion sociale et la stabilité des communautés au Nord du Bénin. Face à cette réalité, le Cadre d’Appui aux Processus Électoraux — CAPE —, en collaboration avec la Coalition des Organisations de la Société Civile pour les Élections et la Paix — COSCEP —, a conduit un projet de monitoring des menaces et incidents d’extrémisme violent entre le 13 octobre 2023 et le 31 mai 2024. 

Cette initiative s’inscrit dans la vision portée par CAPE-PDH : promouvoir une démocratie durable, la paix, la cohésion sociale, la gouvernance éthique et l’inclusion des couches marginalisées dans le développement national. Le site officiel de l’ONG met également en avant ses piliers d’action autour des élections, de la cohésion sociale, des droits humains, de la gouvernance et de la démocratie.

Une menace qui fragilise les communautés locales

Depuis l’enlèvement de deux touristes français dans le parc de la Pendjari en mai 2019, la menace de l’extrémisme violent se manifeste progressivement dans la partie septentrionale du Bénin. Le rapport souligne que cette menace fragilise la paix dans les localités touchées et se développe dans un contexte marqué par des frustrations sociales, un sentiment d’abandon, l’insécurité dans les zones frontalières et la vulnérabilité de certaines populations. 

C’est dans ce contexte que CAPE/COSCEP a engagé une action de veille et d’analyse afin de documenter les incidents, comprendre les dynamiques locales et formuler des recommandations pratiques aux acteurs impliqués dans la prévention de l’extrémisme violent.

Le rapport final présente les résultats du projet de monitoring des menaces et incidents d’extrémisme violent dans le Nord du Bénin. Il met l’accent sur les résultats obtenus, les perspectives d’avenir et les recommandations techniques destinées à renforcer la prévention, la coordination et l’action locale. 

L’objectif global du projet était de contribuer à la promotion de la paix, de la tranquillité et de la cohésion sociale dans les départements du Nord du Bénin. Trois objectifs spécifiques ont guidé l’intervention : renforcer les mécanismes locaux de dialogue et de résolution des conflits, soutenir la résilience socio-économique des populations dans les zones ciblées et réduire la perception de l’insécurité. 

Une approche fondée sur la veille communautaire et l’analyse des données

Pour mettre en œuvre ce projet, CAPE/COSCEP a déployé 30 acteurs de cohésion sociale, à raison d’un acteur par commune. Ces acteurs ont été sélectionnés et formés les 12 et 13 octobre 2023 à Parakou. Leur mission consistait à collecter chaque semaine des données liées à la cohésion sociale et aux incidents observés dans leurs localités. 

La collecte s’est appuyée sur quatre types de formulaires destinés aux individus, aux autorités politico-administratives, aux Forces de défense et de sécurité, ainsi qu’aux organisations de la société civile. Les informations recueillies étaient transmises via Microsoft Forms à un centre de compilation composé d’un économiste, d’un sociologue et d’un juriste, chargé du traitement et de l’analyse des données. 

Cette démarche a permis de produire des rapports hebdomadaires, des rapports mensuels, puis un rapport général. Les rapports ont servi de base aux sessions de dissémination organisées dans les départements ciblés, afin de partager les informations avec les autorités et les acteurs locaux.

Zones d’intervention

Le projet a couvert cinq départements du Nord et du Centre-Nord du Bénin :

Département Incidents recensés
Atacora 111
Alibori 65
Borgou 50
Donga 48
Collines 14
Total 288

Au total, 288 incidents ont été recensés entre le 13 octobre 2023 et le 31 mai 2024 dans la zone couverte par le projet. L’Atacora concentre le plus grand nombre d’incidents, suivi de l’Alibori, du Borgou, de la Donga et des Collines. 

Présentation des activités principales

  1. Monitoring des incidents et menaces

Le projet a permis de documenter différentes catégories d’incidents : criminalité violente, attaques terroristes, radicalisation, conflits entre éleveurs et agriculteurs, conflits domaniaux, autres conflits, insécurité des transports, insécurité alimentaire, violences basées sur le genre et autres incidents. 

Cette collecte régulière a donné aux acteurs locaux et nationaux une vision plus claire des risques, des zones les plus touchées et des facteurs de vulnérabilité.

  1. Analyse des données et production de rapports

Les données recueillies ont été traitées et analysées pour produire des tableaux, graphiques et synthèses destinés à la prise de décision. Le projet a produit huit rapports mensuels, six sessions de dissémination et un rapport général. 

Cette production régulière d’informations a contribué à renforcer la capacité de CAPE/COSCEP à fournir des données utiles, structurées et exploitables aux décideurs.

  1. Dissémination des résultats auprès des acteurs clés

Les sessions de dissémination ont été organisées de manière rotative dans les départements d’intervention. Elles se sont tenues à Parakou, Natitingou, Kandi, Djougou et Savè, puis une session finale de clôture a eu lieu le 20 juin 2024 à Cotonou. 

Ces rencontres ont réuni des autorités administratives et locales, des forces de défense et de sécurité, des partis politiques, des chefs religieux et traditionnels, des organisations de la société civile, des acteurs de cohésion sociale et des représentants institutionnels. Elles ont permis de partager les résultats, de croiser les informations et de renforcer la coordination autour de la prévention de l’extrémisme violent.

  1. Suivi des recommandations

CAPE/COSCEP a mis en place une base référentielle et un mécanisme de suivi-évaluation pour apprécier la prise en compte des recommandations par les acteurs concernés. Ce mécanisme permet d’aller au-delà du simple constat, en favorisant une logique d’amélioration continue et d’action concertée. 

Résultats et impact

Chiffres clés

Indicateur Résultat
Période du projet 13 octobre 2023 – 31 mai 2024
Acteurs de cohésion sociale déployés 30
Femmes parmi les acteurs de cohésion sociale 33 %
Hommes parmi les acteurs de cohésion sociale 67 %
Acteurs âgés de 18 à 29 ans 50 %
Incidents recensés 288
Départements couverts 5
Rapports mensuels produits 8
Sessions de dissémination 6
Rapport général produit 1

La composition des acteurs de cohésion sociale montre une attention portée à l’inclusion : 33 % de femmes et 50 % de jeunes âgés de 18 à 29 ans ont été mobilisés dans le dispositif. 

Résultats concrets

Le projet a permis d’identifier des tendances importantes. Les attaques terroristes ont été principalement enregistrées dans l’Alibori, avec 17 cas, suivies de l’Atacora avec 4 cas. La criminalité violente a été plus fortement observée dans l’Atacora, avec 15 cas, puis dans l’Alibori, le Borgou et la Donga. Les actes de radicalisation ont été signalés uniquement dans l’Atacora et l’Alibori. 

Le monitoring a également mis en évidence des enjeux transversaux : insécurité des transports dans tous les départements, conflits entre agriculteurs et éleveurs, conflits domaniaux, insécurité alimentaire et violences basées sur le genre. Ces données permettent de mieux orienter les réponses publiques et communautaires, en tenant compte des réalités propres à chaque territoire.

Une contribution à la prise de décision

L’un des impacts majeurs du projet réside dans la mise à disposition d’informations fiables aux décideurs. Les sessions de dissémination ont permis de partager les résultats avec les autorités, les institutions, les forces de sécurité, les leaders communautaires et les organisations de la société civile. Cette démarche favorise une réponse plus coordonnée face aux risques d’extrémisme violent.

Le projet a également contribué à renforcer la confiance et le dialogue entre acteurs locaux. En associant les communautés, les autorités et les partenaires, CAPE/COSCEP a créé un espace de discussion autour des causes profondes de l’insécurité et des solutions possibles.

Histoires ou exemples concrets

Le rapport ne contient pas de témoignage individuel direct. Cependant, il présente plusieurs exemples concrets d’action. La formation des 30 acteurs de cohésion sociale à Parakou, les six sessions de dissémination organisées dans les départements d’intervention et la session finale de clôture à Cotonou montrent la capacité de CAPE/COSCEP à transformer les données collectées en dialogue institutionnel et communautaire. 

Un exemple particulièrement parlant est la dissémination organisée à Kandi le 23 février 2024, qui a permis de partager les données du mois de janvier dans une zone directement concernée par les enjeux sécuritaires. Ce type de rencontre rapproche les constats du terrain des acteurs capables de porter des réponses adaptées.

Défis rencontrés

Le rapport souligne plusieurs difficultés rencontrées pendant l’exécution du projet. À l’interne, CAPE/COSCEP a dû faire face à des défis liés aux canevas de rédaction des rapports hebdomadaires et mensuels, ainsi qu’à des ajustements méthodologiques en cours de projet. À l’externe, les principales difficultés concernaient la vérification de certains incidents, l’étendue des communes couvertes et la réticence de certains acteurs à fournir ou confirmer des informations. 

Ces défis montrent la complexité du travail de monitoring dans des zones sensibles. Ils justifient également la nécessité de renforcer le dispositif, notamment par l’augmentation du nombre d’acteurs de cohésion sociale et par l’élargissement géographique du projet.

Partenariats et collaboration

Le projet a été mis en œuvre avec l’appui du partenaire USAID/IRI. Le rapport souligne la bonne coordination avec ce partenaire, ainsi que la contribution des forces de défense et de sécurité, des autorités administratives et locales, des chefs religieux et traditionnels, des organisations de la société civile et des populations. 

Cette collaboration multi-acteurs constitue l’un des points forts du projet. Elle montre que la prévention de l’extrémisme violent ne peut reposer sur un seul acteur, mais nécessite une synergie entre l’État, les communautés, la société civile et les partenaires techniques et financiers.

Perspectives et recommandations

Au regard de la dégradation de la situation sécuritaire dans certaines communes cibles, CAPE/COSCEP recommande la poursuite du projet et son passage à un programme triennal. L’organisation propose également d’augmenter le nombre d’acteurs de cohésion sociale, idéalement à au moins un agent par arrondissement, et d’élargir la zone d’intervention à d’autres localités exposées. 

Ces recommandations sont stratégiques. Elles permettraient un meilleur suivi de l’évolution des faits, une couverture territoriale plus fine et une capacité renforcée de collecte, d’analyse et d’alerte précoce.

Conclusion : investir dans la prévention pour consolider la paix

À travers cette première phase du projet de monitoring des menaces et incidents d’extrémisme violent, CAPE/COSCEP confirme son rôle d’acteur national crédible dans la promotion de la paix, de la cohésion sociale et de la veille citoyenne. Le projet a permis de mobiliser des acteurs locaux, de produire des données utiles, de renforcer le dialogue entre parties prenantes et de formuler des recommandations adaptées aux réalités des territoires.

Pour les institutions nationales, les organisations internationales et les partenaires techniques et financiers, cette initiative représente une opportunité concrète de soutenir une approche locale, inclusive et fondée sur les données. Renforcer ce type de projet, c’est investir dans la prévention, la stabilité communautaire et la sécurité humaine.

CAPE/COSCEP reste ouvert à la collaboration avec les partenaires engagés pour la paix, la gouvernance démocratique, la cohésion sociale et la protection des communautés vulnérables au Bénin.