Prévenir l’extrémisme violent au Nord du Bénin : l’engagement de CAPE/COSCEP pour la paix et la cohésion sociale

Face à l’évolution des menaces sécuritaires dans le Nord du Bénin, la prévention de l’extrémisme violent exige des réponses coordonnées, durables et ancrées dans les réalités locales. C’est dans cette dynamique que le Cadre d’Appui aux Processus Électoraux — CAPE —, en collaboration avec la Coalition des Organisations de la Société Civile pour les Élections et la Paix — COSCEP —, a conduit la deuxième phase du projet de monitoring des menaces et incidents liés à l’extrémisme violent.

Mis en œuvre du 9 août au 30 novembre 2024, ce projet s’inscrit dans la continuité des actions de CAPE/COSCEP pour promouvoir la paix, la cohésion sociale, la tranquillité des communautés et la résilience des populations dans les départements du Nord du Bénin. 

Contexte : une menace évolutive qui appelle une réponse locale et structurée

Le rapport final souligne que la reconduction du projet fait suite aux résultats obtenus lors de la première phase et à la nécessité de poursuivre l’action face au caractère changeant de l’extrémisme violent au Bénin. L’objectif est clair : contribuer à la prévention et à la lutte contre cette menace à travers un mécanisme de suivi des incidents, d’analyse des données et de formulation de recommandations pratiques à l’endroit des acteurs impliqués. 

Dans un contexte où les dynamiques sécuritaires touchent directement les communautés, CAPE/COSCEP a choisi une approche fondée sur l’observation locale, la collecte régulière d’informations, le dialogue avec les autorités et la dissémination des résultats auprès des décideurs.

L’objectif global du projet était de contribuer à la promotion de la paix, de la tranquillité et de la cohésion sociale dans les départements du Nord du Bénin. Trois objectifs spécifiques ont guidé l’action : renforcer les mécanismes locaux de dialogue et de prévention des conflits, consolider la résilience socio-économique des populations dans les zones ciblées et réduire la perception de l’insécurité dans ces localités. 

Une démarche méthodologique ancrée dans les communautés

Pour cette deuxième phase, CAPE/COSCEP a reconduit 30 acteurs de cohésion sociale, à raison d’un acteur par commune d’intervention. Ces acteurs ont été mobilisés sur la période du 9 août au 1er novembre 2024 pour collecter chaque semaine des informations liées à la cohésion sociale et aux incidents observés dans leurs localités. 

La collecte des données s’est appuyée sur quatre formulaires ciblant différents groupes : les individus, les autorités politico-administratives, les Forces de défense et de sécurité, ainsi que les organisations de la société civile. Les données ont ensuite été transmises via Microsoft Forms à un centre de compilation composé de trois profils complémentaires : un économiste, un sociologue et un historien-géographe. 

Cette organisation a permis de produire des rapports hebdomadaires, puis des rapports mensuels, intégrant une analyse générale des incidents, une lecture par département et des recommandations adressées aux acteurs impliqués dans la prévention de l’extrémisme violent. 

Zones d’intervention

Le projet a couvert cinq départements du Nord et du Centre-Nord du Bénin :

Département Nombre d’incidents recensés
Atacora 35
Borgou 28
Alibori 19
Donga 12
Collines 6
Total 100

Au total, 100 incidents ont été recensés entre le 9 août et le 30 novembre 2024 dans la zone couverte par le projet. L’Atacora concentre le plus grand nombre d’incidents, suivi du Borgou, de l’Alibori, de la Donga et des Collines. 

Présentation des activités principales

  1. Monitoring communautaire des incidents

Le cœur du projet repose sur la collecte régulière d’informations au niveau local. Les acteurs de cohésion sociale ont documenté les menaces, incidents et dynamiques susceptibles d’affecter la paix et la cohésion sociale.

Les données collectées ont permis d’identifier plusieurs catégories d’incidents, notamment la criminalité violente, les attaques terroristes, les conflits entre agriculteurs et éleveurs, l’insécurité des transports, les violences basées sur le genre et d’autres incidents locaux. 

  1. Analyse et production de rapports

Les informations collectées sur le terrain ont été analysées par une équipe technique pluridisciplinaire. Les données quantitatives ont été traitées avec Excel, tandis que les données qualitatives ont fait l’objet d’une analyse de contenu. Cette démarche a permis de produire des graphiques, tableaux et rapports mensuels destinés à éclairer la prise de décision. 

  1. Dissémination des résultats auprès des décideurs

CAPE/COSCEP a organisé deux sessions de dissémination des résultats afin de partager les informations collectées avec les décideurs et acteurs locaux. La première session s’est tenue le 14 septembre 2024 à Parakou, dans le département du Borgou, et la deuxième le 25 octobre 2024 à Natitingou, dans l’Atacora. 

Ces rencontres ont permis de confronter les résultats du projet aux réalités vécues par les autorités, les leaders religieux, les chefs traditionnels, les forces de défense et de sécurité, les organisations de la société civile et les partenaires. Elles ont également favorisé la coordination des efforts et la formulation de réponses adaptées aux communautés concernées. 

  1. Suivi de la prise en compte des recommandations

Au-delà de la collecte et de la diffusion des informations, CAPE/COSCEP a mis en place une base référentielle et un mécanisme de suivi-évaluation de la prise en compte des recommandations par les acteurs concernés. Cette approche renforce la redevabilité et permet d’ajuster les stratégies au fil du temps. 

Résultats et impact

Chiffres clés

Indicateur Résultat
Période de mise en œuvre 9 août – 30 novembre 2024
Acteurs de cohésion sociale mobilisés 30
Femmes parmi les acteurs de cohésion sociale 33 %
Hommes parmi les acteurs de cohésion sociale 67 %
Acteurs âgés de 18 à 29 ans 50 %
Incidents recensés 100
Départements couverts 5
Sessions de dissémination organisées 2
Session finale de clôture 13 décembre 2024

La composition des acteurs de cohésion sociale montre une attention portée à la participation des femmes et des jeunes : 33 % des acteurs étaient des femmes et 50 % avaient entre 18 et 29 ans. 

Principaux résultats observés

La criminalité violente apparaît comme l’une des catégories les plus importantes parmi les incidents recensés, avec 33 cas sur 100. Les attaques terroristes, quant à elles, ont été exclusivement enregistrées dans le département de l’Alibori, avec 5 cas. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs ont été principalement observés dans l’Atacora, tandis que l’insécurité des transports a été relevée dans la Donga et l’Alibori. 

Ces résultats offrent aux autorités et partenaires une lecture territorialisée des risques. Ils permettent de mieux cibler les interventions, d’adapter les actions de prévention et d’orienter les ressources vers les localités les plus exposées.

Un impact sur la coordination et la décision

Le projet a contribué à renforcer le dialogue entre les acteurs locaux et nationaux. Lors des sessions de dissémination, les participants ont confirmé certaines informations présentées et ont souligné l’importance de poursuivre le projet, compte tenu de la persistance du phénomène dans leurs localités. 

La session finale de clôture, tenue le 13 décembre 2024 à Cotonou, a réuni des représentants d’institutions nationales, de l’USAID, de l’IRI, du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, des préfectures, des représentations diplomatiques, des forces de défense et de sécurité, des autorités locales, des chefs religieux et traditionnels, des partis politiques et des organisations de la société civile. 

Cette diversité d’acteurs confirme la portée institutionnelle du projet et son potentiel à créer des synergies durables pour la prévention de l’extrémisme violent.

Défis rencontrés

Comme tout projet de terrain dans un contexte sensible, cette deuxième phase a rencontré plusieurs défis. Le rapport mentionne notamment les difficultés de vérification de certains incidents, la réticence de certains acteurs à fournir ou confirmer des informations, la mauvaise qualité du réseau GSM dans certaines zones et les limites budgétaires pour renforcer le nombre d’acteurs de cohésion sociale dans les départements les plus exposés. 

Ces difficultés ne diminuent pas la valeur du projet. Au contraire, elles montrent la complexité du travail de monitoring dans les zones à risque et soulignent la nécessité d’un appui durable pour renforcer la couverture, la sécurité, la qualité des données et la capacité d’intervention.

Succès du projet

Malgré ces contraintes, CAPE/COSCEP a atteint les objectifs du projet dans le temps prévu. Le rapport met également en avant la grande mobilisation lors des sessions de dissémination, la bonne coordination de l’équipe, la volonté des acteurs de cohésion sociale de contribuer à la réussite du projet et la qualité de la collaboration avec le partenaire USAID/IRI. 

Ces succès démontrent la capacité de CAPE/COSCEP à gérer des projets sensibles, à mobiliser des acteurs variés et à produire des informations utiles à l’action publique et communautaire.

Partenariats et collaboration

Le projet a bénéficié du soutien de l’USAID à travers l’Institut Républicain International — IRI. Ce partenariat a permis de renforcer les capacités de CAPE/COSCEP dans la collecte, l’analyse et la dissémination d’informations stratégiques sur la prévention de l’extrémisme violent. 

CAPE/COSCEP remercie également les forces de défense et de sécurité, les autorités administratives et locales, les chefs religieux et traditionnels, les organisations de la société civile ainsi que les populations ayant contribué à la réussite du projet. 

Perspectives : vers une approche durable et multidimensionnelle

Le rapport recommande une approche multidimensionnelle pour lutter contre l’extrémisme violent au Nord du Bénin. Les recommandations portent notamment sur le renforcement régulier des capacités des forces de défense et de sécurité, le développement socio-économique des zones touchées, la lutte contre la radicalisation et la désinformation, le renforcement de la gouvernance et de l’État de droit, ainsi que la protection des civils. 

CAPE/COSCEP estime que le projet ne devrait pas s’arrêter à cette deuxième phase, car le phénomène reste présent et continue de prendre de nouvelles formes. L’organisation souligne également l’importance de mettre en place un mécanisme de monitoring des violences en période électorale, notamment dans le contexte des prochaines échéances au Bénin. 

Conclusion : soutenir les initiatives locales pour bâtir une paix durable

À travers cette deuxième phase du projet PCVE, CAPE/COSCEP confirme son rôle d’acteur national crédible dans la prévention des conflits, la promotion de la paix et le renforcement de la cohésion sociale. En mobilisant des acteurs locaux, en produisant des données utiles et en créant des espaces de dialogue avec les autorités et partenaires, l’organisation contribue à une meilleure compréhension des menaces et à la construction de réponses adaptées.

Pour les institutions nationales, les organisations internationales et les partenaires techniques et financiers, ce projet représente une opportunité concrète de soutenir une approche locale, inclusive et fondée sur des données. Investir dans ce type d’initiative, c’est renforcer la prévention, consolider la confiance entre l’État et les communautés, et contribuer à une paix durable au Nord du Bénin.

CAPE/COSCEP reste ouvert à de nouvelles collaborations pour élargir, consolider et pérenniser ses actions en faveur de la paix, de la cohésion sociale, de la gouvernance démocratique et de la sécurité humaine.